• B comme Bagnarde : Marie Louise TASSEL épouse LE MOUHAER

    DOCUMENTAIRE

    (Image du Documentaire "femmes au bagne, les oubliées de l'histoire", les femmes reléguées)

     

    Tenter de faire le ménage télévision allumée n’est vraiment pas pour moi !

    Ça fait déjà près d’une heure que chiffon à la main je me suis laissée tomber sur le canapé, happée par un documentaire sur la Guyane, son bagne et l’affaire Seznec.

    "- C’est pas possible ! Encore lui ! Le Seznec ! A croire qu’il n’y avait que lui au bagne en Guyane ! "

    Je ne suis plus seule à la maison.  Une femme au regard bleu azur dont je perçois déjà le sacré tempérament, vient de se matérialiser à mes côtés.

    Je ne peux me retenir de lui rétorquer :

    - Parce que toi tu en connais d'autres ?

    - Oh que oui ! Tous dans le même enfer, bagnards et bagnardes, mais celle que j’ai bien connue ma petite, est devant toi : c’est moi !  Je vais te raconter mon histoire.

    Je m’appelle Marie Louise TASSEL. Je suis née le 13 mai 1839 à Bégard (22) de Catherine TASSEL et de père inconnu.

    J’ai 24 ans lorsque j’épouse François LE MOUHAER, il est originaire de Pommerit-Jaudy, il est âgé de 31 ans et est laboureur.

    Nous nous marions à Bégard le 13 août 1863. Ma mère est si heureuse de me savoir mariée. Voir sa fille échapper à la condition de fille-mère est une grande satisfaction pour elle.  

    Nous nous installons à Bégard, je suis fileuse et François toujours laboureur.

    Nous aurons 4 enfants :

    • Yves Marie (1863)
    • Jeanne Yvonne (1870)
    • François (1873)
    • Jeanne Marie (1876)

     

    Notre vie est difficile. Comme beaucoup nous souffrons de pauvreté. Un jour je vais basculer, je vais voler et pas qu’une fois hélas !

    En 1888, les juges ne plaisantaient pas avec les récidivistes. Je suis condamnée par la Cour d’Appel de Rennes le 15 février 1888 à une peine de 3 mois et un jour de prison et à la relégation pour vol.

    Je n'ai pas compris lors de la sentence cette histoire de relégation , je ne connaissais même pas ce mot.  

    C'est avec stupeur que j'ai compris ce qui m'attendait. « La relégation des récidivistes », cette loi de 1885, je l’ai découverte à mes dépens.

    A mon grand désespoir, j’embarque à Saint Nazaire le 25 novembre 1888 pour la Guyane Française.

    Je sais que je ne reviendrai jamais. J’ai 49 ans, je quitte mon pays, mon mari et mes enfants pour toujours. Heureusement ma pauvre mère n’est plus là pour voir cela.

    Le 17 décembre 1888, j’arrive enfin au Maroni en Guyane, j’arrive en enfer.

    Un enfer gardé par des religieuses, les sœurs de l’œuvre de Saint Joseph de Cluny.

    J’en ai versé des larmes, j’ai tellement prié Dieu qu’au bout de 2 ans et demi, il m’a délivré et m’a enfin rappelé à lui. Une épidémie de « fièvre bilieuse » m’a certainement terrassée comme 19 autres de mes camarades d’infortune.

    Je suis délivrée le 20 juillet 1891. J’ai 52 ans.

    Voilà mon histoire, Marielle, l’histoire de Marie Louise TASSEL, la bagnarde.

    Tu sais, je n'étais pas plus mauvaise qu'une autre. J'aimais ma famille , mes enfants et mon époux comme beaucoup de pauvres femmes rencontrées dans cet enfer.

    Je te laisse maintenant écrire mon histoire en espérant que ceux qui te liront auront une pensée émue en découvrant nos existences de reléguées. 

    dossier bagne

     

    ***********************

    François LE MOUHAER l'époux de Marie Louise TASSEL est le petit fils de Laurent LE MOUHAER et de Marie Jeanne LEROUX, sosa 150 et 151 de Ronan. (Branche paternelle de Ronan) 

    J'ai découvert l'existence de cette loi sur la relégation des femmes récidivistes grâce aux fiches personnages du Centre Généalogique des Côtes d'Armor.

    fiche

    Pour en savoir plus : 

      La relégation des femmes récidivistes en Guyane française (1887-1907)

     

    Marielle BATHANY-LE GOFF

    Pour me contacter : marielle.le-goff@wanadoo.fr  


  • Commentaires

    1
    Vendredi 2 Novembre à 10:40

    Merci pour ces oubliées du bagne. On ne parle guère d'elles, ni de ceux qui ont purgé leurs peines et se sont installés (et ont fait souche) en Guyane, par choix ou tout simplement parce qu'ils n'avaient pas d'argent pour rentrer en métropole.

    Mais hommes ou femmes, un pain valait bien cher en ce temps-là...

    Mélanie - Murmures d'ancêtres

    2
    Girondegenea
    Vendredi 2 Novembre à 15:29

    L'article de Jean Lucien Sanchez est vraiment sidérant sur les conditions de ces femmes reléguées.

    Passionnante et édifiante lecture. Merci beaucoup.

    3
    Vendredi 2 Novembre à 23:24

    J'aime beaucoup la façon dont vous donnez vie à vos ancêtres dans vos articles. Dans mon arbre, deux branches bretonnes (Morbihan et Finistère), mais pas de bagnard... enfin, pour l'instant.

    4
    Mimi
    Samedi 3 Novembre à 09:24

    Tu m'as convaincu, je vais chercher les renseignements sur mon bagnard "Delépine" !

     

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