• F comme Fessée pour François

    Heureuse du détail découvert au sujet du sosa 16 de Ronan, je presse vigoureusement le champignon qui va me faire découvrir la lettre F de ce voyage alphabétique et généalogique.

    Nous nous matérialisons dans la cour d'une ferme située à Plouëc-du-Trieux (22).

    C'est une commune que je connais bien, j'y ai passé mon enfance. Nous habitions Pen-Harden, un lieu-dit à environ un kilomètre du bourg.

    Mais il me semble que la ferme devant laquelle nous débarquons se trouve beaucoup plus en campagne. J'ai un peu de mal à la situer, je n'ai pas pensé à prendre mon téléphone pour consulter le GPS. 

    J'imagine mon fils me dire " Investir dans un Iphone 6 + et ne pas l'avoir sur soi, chercher l'erreur ! " et tout à coup on me répond :

    - il aurait pas tort ! c'est Ralg, je l'avais oublié celui-là ! Je suppose que les jeunes du futur sont toujours aussi greffés à leur téléphone que ceux de 2017 !

    Vu que je ne vois que des chemins de terre, je ne sais même pas si le GPS serait opérationnel ici. Pas certaine d'avoir du réseau non plus . 

    Je décide de ne plus me laisser distraire par Ralg, mon objectif est de trouver mon F.

    Des rires d'enfants m'attirent à l'arrière de la ferme.

    Je viens d'apercevoir trois fillettes et deux garçonnets. 

    En cet après-midi d'été, le soleil brille ardemment, il fait très chaud.  

    Marie-Aline, Simone et Jeannette font la ronde en chantant. La ronde et le chant visiblement n'intéressent pas les deux garçons.

    François et Yves, se sont installés sur le talus qui sépare la courette du jardin potager que je devine plus loin.

    Ces cinq petits sont les enfants d'Henri LE GOFF et de Marie Augustine LE CAER. Les parents sont cultivateurs.

    Marie Aline  est âgée de onze ans, Simone en a neuf, Jeanne que tout le monde appelle Jeannette huit.

    Les garçons sont les deux derniers de la fratrie, François a fêté ses six ans le 11 mai dernier et Yves que tout le monde traite comme un bébé en a quatre.   

    Marie-Aline en tant qu'aînée est chargée de surveiller ses jeunes frères et soeurs.

    Si les filles se laissent commander sans trop de difficultés, il n'en est pas de même pour les deux garçons. Ses petits frères sont très turbulents, sa mère répète continuellement qu'il faut les surveiller comme le lait sur le feu.

    D'ailleurs, il est temps qu'elle abandonne la ronde pour aller vérifier ce qu'ils peuvent faire assis sur le talus.

    Yves observe avec la grande attention son grand frère. François a repéré un trou dans la pente du talus, il s'est assis juste un peu au dessus. Entre ses genoux, sortant du trou, il découvre des petites têtes d'oisillons. François glisse une brindille dans l'ouverture espérant ainsi chatouiller les petits oiseaux bien au chaud dans ce nid.

    Et cela fonctionne, pas farouches, ils se laissent même caresser la tête.

    François est fier de lui, Yves l'admire. Il est formidable son grand frère, si Papa sait dresser ses chevaux, François lui sait déjà dresser les oiseaux !

    Marie-Aline toute attendrie de les voir si sages est déjà prête à les féliciter. Quand tout d'un coup elle se fige, yeux écarquillés, elle tourne vivement les talons et se précipite à toute vitesse vers la maison.

    Les garçons ne se sont aperçus de rien.

    Dans les minutes qui suivent, Marie Augustine, en furie, se jette sur ces deux fils. Elle les empoigne vigoureusement et les dépose au centre de la courette.

    Puis, en deux temps trois mouvements, déculotte François et lui administre une fessée monumentale dont il se souviendra toute sa vie.

    Puis, pratiquement dans un état second, va chercher une bêche dans l’appentis et se met à détruire le morceau du talus abritant le fameux nid. Par la même occasion, elle tue les oisillons ainsi que la mère de ceux-ci sans état d'âme.

    Elle va également féliciter Marie-Aline, la réaction appropriée de sa fille a sauvé la vie de François.

    En effet, les oisillons de François étaient des petites vipères, la maman vipère n'aurait pas tarder à faire son apparition.

    François est en larmes, il ne comprend pas ce qu'on lui reproche. Yves non plus, mais lui, est trop heureux d'avoir échappé à la correction.

    Si je comprends la frayeur de Marie Augustine, je ne pense pas que la fessée aurait été ma réponse.

    En attendant, je ne résiste pas à aller retrouver ce petit François, toujours en pleurs. Pour le consoler, je lui dépose un baiser sur le front en lui soufflant :

    - ne pleure pas Papa, je suis là, tu n'as rien fait de mal, grand-mère a eu très peur pour toi.

    Le petit garçon se calme, il m'a peut-être entendu.

    - Papa, c'est Marielle, nous nous rencontrerons dans 29 ans, en attendant sois sage, au revoir Papa, je t'aime....

    Je remonte dans la cabine pour laisser derrière moi l'année 1935, l'année de la fameuse fessée de Papa. Il nous faisait bien rire, nous ses trois filles, avec son histoire de fessée. D'ailleurs, moi je n'ai pas souvenir d'en avoir reçu une seule. 

    Je remonte dans la cabine, en larmes, mais tellement heureuse d'avoir embrassé encore une fois mon père.

    Tiens, Ralg aussi pleure....

        

    F comme Fessée pour François

     (Source familiale : François LE GOFF (1929-2008)  

     

      **************************

       

    Henri LE GOFF et Marie Augustine LE CAER sont les sosas 12 et 13 de Ronan (côté maternel)

    François est le papy de Pen-Harden de Ronan (sosa 6).

     

    Marielle BATHANY- LE GOFF

     

     


  • Commentaires

    1
    Mercredi 7 Juin à 23:44

    Bravo pour vos talents de conteuse qui redonne vie à chaque personnage de votre arbre. J'adore votre Challenge AZ !

    2
    Jeudi 8 Juin à 08:16

    Très belle histoire .......... j'en ai pleuré à la fin !!! J'aurais bien aimé pouvoir consoler les chagrins d'enfant de mes parents.

    3
    Mimi ex sécu
    Jeudi 8 Juin à 10:44

    Super récit de la lettre F ! 

    Belle rencontre avec ton papa et si bien racontée ! Bravo Marielle !cool

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