• Les pommes de terre sont épluchées, les carottes également.

    Plus qu'à couper en morceaux, pas trop gros les morceaux. Et hop ! je les place dans l "Easysoup" , je recouvre d'eau, avant de fermer je n'oublie pas d'ajouter un "kub or".

    Je branche l'appareil.

    Dans vingt minutes, ma soupe sera prête. Je ne regrette pas d'avoir suivi les conseils de ma copine Sylviane et d'avoir investi dans cet appareil. Il me fait gagner un temps fou et en plus m'a réconcilié avec la soupe faite maison.

    "Une soupe en vingt minutes, tu te moques de moi Marielle ?"

    Une jeune femme , portant une coiffe finistérienne est plantée au milieu de ma cuisine, mains sur les hanches.

    "- Je serais bien curieuse de voir le résultat, tes légumes seront loin d'être bien cuits. Moi ma soupe, elle devait mitonner pendant des heures sur le feu.

    - Depuis ton époque , les maîtresses de maison ont vu arriver le fourneau à bois , la gazinière, la cuisinière électrique , la cocotte-minute , le cookéo et bien d'autres appareils ménagers. Et heureusement d'ailleurs, cela nous a bien simplifié la vie.      

    - Je n'ai jamais eu besoin de tout cela, je cuisinais dans l’âtre. Mais je serais bien curieuse de la goûter ta soupe. En attendant , en vingt minutes , j'ai largement le temps de te parler de moi.

    Comme tu l'as deviné à ma coiffe, je suis bien finistérienne. Je suis de la famille de ta mère. Je m'appelle Clémence KERSPERN.

    Je suis née le 30 brumaire de l'an 14 de la République ou si tu préfères le 21 novembre 1805 à Telgruc (29).  

    Alors que le Directoire gouverne la France, mes parents, Maurice KERSPERN et Anne GELEBART se marient à Telgruc (29) le 22 février 1797. Ils auront bientôt cinq enfants, mais seulement quatre vont survivre.

    J'ai donc deux frères, Etienne et Thomas et une soeur Marie Claudine, je suis la troisième.

    Mes parents étaient cultivateurs dans le quartier de Lespiquet. 

    Etienne épousera Marie Anne LE BOURVON,  Mairie Claudine deviendra Madame Yves LE MOUDENNER et Thomas se mariera avec Françoise LE MEVEL.

     Moi aussi, je vais me marier, le même jour que ma soeur Marie Claudine d'ailleurs.

    J'ai 21 ans lorsque j'épouse Jean GOURMELEN le 27 janvier 1826 à Telgruc (29).

    Nous sommes installés comme cultivateurs dans le quartier de Quinivel à Telgruc. 

    Notre premier enfant Etienne naîtra à la fin de l'année, le 4 décembre 1826.

    Puis viendront Philippe en 1828, Thomas en 1829, Marie Anne en 1831 et Anne en 1833.

     Je n'ai pas eu la chance d'élever mes enfants. Je meurs le 8 février 1834. J'ai trente ans. Mon aîné Etienne n'a pas encore huit ans et ma petite dernière a un peu plus de quatre mois.

     Mes filles ne vont pas tarder à me rejoindre. Marie Anne décède sept mois plus tard, le 30 septembre 1834. Ma petite Anne, décédera l'année suivante le 24 avril 1835.

    En un peu plus d'un an, mon pauvre Jean a vu disparaître la moitié de sa famille.

    Lui non plus ne va pas résister. Il va suivre notre fille Anne onze jours plus tard, le 5 mai 1835. 

    Depuis 1832, une épidémie de choléra s'était abattue sur le Finistère. En 1835 on parlait même de cas de variole.

    Nos trois garçons sont orphelins , heureusement que mes parents sont encore en vie , ils vont pouvoir veiller sur nos trois petits.

    Je crois bien que les vingt minutes sont passées, tu vois c'était suffisant pour te raconter ma vie. Alors on la goûte cette fameuse soupe ?" 

    C'est avec plaisir que j'ai servi un bol de soupe à ma visiteuse. Le verdict ne s'est pas fait attendre.

     "- Mais elle est délicieuse, franchement elle est magique ta machine à soupe. Je pense que ta mère sera heureuse de savoir que tu sais faire une soupe aussi bonne. A mon retour, ma première visite sera pour elle. D'ailleurs, je te dis au revoir car il est grand temps que je me sauve." 

    dc

    (Acte de décès de Clémence KERSPERN - 08/02/1834)

    *********************

     

    Jean GOURMELEN et Clémence KERSPERN est les sosa 116 et 117  de Ronan (branche maternelle)

     

    Marielle BATHANY-LE GOFF

    Pour me contacter : marielle.le-goff@wanadoo.fr 


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  • 11 novembre 2018, scotchée devant la télé, je regarde le groupe de chefs d'Etat d'aujourd'hui, sous la pluie, se diriger d'un même pas vers la flamme du soldat inconnu.

     " Ce sont les chefs d'Etat d'il y a un siècle que j'aurais souhaité voir avancer ensemble sur les Champs -Elysées. Cela aurait peut-être évité cette boucherie. Quand je pense que les premiers combattants sont partis la fleur au fusil ! Ils ont vite déchanté"

    Intéressé par les images qui défilent sur l'écran, un de mes visiteurs de ce mois de novembre dédié au Challenge AZ, s'est installé sur le canapé. 

    Je n'ose pas prononcer un mot.

    Le jeune homme est perdu dans ses pensées, une larme glisse le long de son visage.

    Timidement, comme pour se rassurer il a saisi ma main.

    Il pourrait être mon fils.

    Ensemble, dans une même communion silencieuse, nous suivons religieusement l'hommage rendu à tous les combattants de 14/18.  

    " Je suis Alain Jean Marie MENEZ. Je suis né à Guiclan (29)  en 1897, le premier février.

    Mes parents étaient Jean Marie MENEZ et Marie Anne CARDINAL. Ils étaient cultivateurs.  Nous étions 6 enfants, deux garçons et quatre filles.

    D'ailleurs, tu as rencontré Jean Louis, mon petit frère, il y a quelques jours. Tu sais, celui qui deviendra missionnaire à Haïti.

    J'avais dix-sept ans, lors de la déclaration de la guerre, donc je ne suis pas parti tout de suite.

    Maman espérait que je ne sois pas appelé.

    Mon père était mort depuis 1909, elle avait besoin de moi à la ferme.

    Le 7 janvier 1916, j'ai été incorporé au  71ème Régiment d'Infanterie. J'avais 19 ans.

    Et le 21 septembre 1916, je partais faire la guerre.

    Le 21 janvier 1917, je suis passé au 6ème Régiment d'Infanterie.

    A l'été 1917, nous étions positionnés dans les environs de Beaumont-en-Verdunois dans la Meuse (55).

    Il faisait beau.

    Depuis début juillet nous attendions le feu vert pour une offensive , la grande offensive. D'après les rumeurs, elle aurait lieu vers le 15 juillet. Nous avons attendu , attendu et rien.

    Nous étions déjà le 15 août, la moisson devait battre son plein à Guiclan. Et moi et les copains , nous étions toujours là, à attendre.

    A attendre que ces grands messieurs de l'Etat Major se décident. Et finalement , ils ont décidé.

    Ils ont décidé que la grande offensive aurait lieu le 20 août , à 4 h 30.

    Il fallait coûte que coûte enlever les positions allemandes. 

    Oui coûte que coûte...et moi ce 20 août 1917, elle m'a coûté la vie cette fichue offensive.  

    Disparu le 20 août 1917 à la Côte 326 commune de Beaumont (Meuse) présumé décédé. 

    C'est la conclusion de ma vie ! Enfin non pas tout à fait, le tribunal de Morlaix en date du 12 août 1921 fixe par jugement mon décès au 20 août 1917.

    Le 11 juin 1918, un secours de 150 franc sera accordé à maman" 

    Alain a pris la parole tout naturellement après la fin de la cérémonie que nous regardions. Il était heureux de raconter, de se raconter.

    Heureux d'avoir vu que cent ans après, nous pensions encore à eux , ceux de 14/18. 

    Dans une dernière étreinte, il m'a murmuré : " Merci de ne pas m'oublier" puis il a disparu.

    RM

    ( Extrait du Registre Matricule de Alain Jean Marie MENEZ)

    dc

    ( Transcription du décès d'Alain Jean Marie MENEZ) 

    ***********************

    Alain Jean Marie MENEZ est le neveu de Marie Guillemette Philomène , sosa 47 de Ronan (branche paternelle). 

    D'après mes recherches en ligne, il semble ne pas y avoir de sépulture à son nom . Je suppose que son corps n'a jamais été retrouvé .

     

    Marielle BATHANY-LE GOFF

    Pour me contacter : marielle.le-goff@wanadoo.fr 


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  • Depuis déjà deux heures, je suis plongée dans l'étude de plusieurs fiches des registres matricules. Lorsque tout à coup :

    "Ah non ! Je ne suis pas d'accord ! Si j'avais su, j'aurais porté réclamation. Ce n'est pas une amnistie ça ! Cette mention devait être effacée. J'ai l'air de quoi devant toi maintenant. Que vas-tu penser d'un grand-oncle pareil ?"

    Derrière moi vient d’apparaître la personne concernée par la fiche de registre matricule que je consulte. 

    Le bonhomme mesure à peu près 1 m 65 , ses cheveux sont noirs, son teint basané. Il porte comme beaucoup d'hommes de sa génération une moustache. Je pense même apercevoir une cicatrice dans la région frontale gauche.  

    " Bonjour François Marie, je suis désolée de t'avoir contrarié en étudiant ce document. D'ailleurs je ne comprends pas la cause de ton mécontentement. Alors je t'en prie, explique-toi.

    - Oh, tu me connais donc Marielle ?

    - Juste un peu, à travers quelques documents et une photo de famille que m'a fait parvenir un cousin Christian TALGUEN, un petit-fils de ta soeur Albertine que tous vous appeliez Armandine. Parle-moi de toi , cela me ferait très plaisir.

    - Bon puisque tu insistes, je suis né le 31 décembre 1888 à Plouëc.

    Mes parents, Pierre Marie LE CAER et Marie Anne LOZAHIC étaient cultivateurs.

    Ils ont eu onze enfants, six garçons et cinq filles. Moi, François Marie, j'étais le quatrième.

    J'étais laboureur. De 1909 à 1911, j'ai fait ma période de service au régiment, j'ai été canonnier puis trompette. Je suis passé dans la réserve de l'armée active en octobre 1911. J'ai enfin pu rentrer chez moi à Plouëc. 

    Hélas comme tu le sais, un peu plus de trois ans après, comme beaucoup d'autres, j'étais rappelé. C'était la mobilisation générale. Comme les autres, j'ai fait mon devoir, je suis parti me battre. C'était le 6 août 1914, au lieu de faire les moissons, je partais faire la guerre. 

    Certains étaient déjà tués ou blessés par l'ennemi, moi c'est un cheval français qui m'a blessé. Le 1er juin 1915, je suis évacué après avoir reçu un coup de pied de cheval. Je vais garder en souvenir une cicatrice et surtout des migraines et des vertiges.

    Je vais resté éloigné du champ de bataille pendant près de trois mois . Après ma convalescence, malgré mes séquelles, je retourne au front. J'y suis pour le 6 octobre 1915.

    Cette fin d'année 1915 qui approche, j'ai envie de la fêter, peut-être à cause de la mort qui rôde autour de moi et de mes camarades. Je ne peux pas te dire ce qui s'est réellement passé, mais j'ai certainement été faire la fête avec mes copains . Et j'ai été arrêté pour ivresse publique et surtout condamné à 8 jours de prison par le conseil de guerre de la 20ème division. Le jugement est tombé le 31 décembre 1915, je jour de mes 27 ans , beau cadeau d'anniversaire non ?

    C'est cette mention qui me gène dans cette fiche registre matricule, regarde c'est bien mis que j'ai été amnistié, cet écart de conduite ne devrait plus être visible par personne.

    Enfin, j'ai survécu à la guerre, et j'ai été démobilisé le 25 juillet 1919. Je pouvais enfin rentrer définitivement à Plouëc (22). 

    Le 6 octobre 1921, à Plouëc (22) j'ai épousé Anne Marie BOULOUIN. Nous aurons cinq enfants. 

    Je vais mourir en 1954, le dix octobre, dix ans avant ta naissance Marielle. 

    C'est le résumé de ma vie, je ne veux pas que ces huit jours de prison pour ivresse publique te donnent une mauvaise opinion de moi.   

    - Certainement pas François, au contraire, cette mention prouve ton humanité, cette mention donne du relief à ta vie. Vous les soldats de cette grande guerre, vous n'étiez que des hommes, des humains pris dans une tourmente inhumaine, vous étiez des héros et les héros aussi ont droit aux écarts de conduite.

    - Tes paroles me consolent, j'espère qu'un jour tu auras l'occasion de chercher mes descendants et de les inscrire dans l'arbre de Ronan. Je t'embrasse chère petite nièce et espère avoir un jour l'occasion de revenir te rendre visite.

    François est reparti et moi je me suis replongée dans la recherche des fiches matricules.

    photo

    (La Famille LE CAER- 1919 - source : photo Christian TALGUEN)  

     

    François

    (François Marie LE CAER)

    ******************

           

    François Marie LE CAER est le fils des sosa 26 et 27 de Ronan (branche maternelle)

    Il est le frère d'Augustine, ma grand-mère (sosa 13 de Ronan)     

     

    Marielle BATHANY- LE GOFF

    pour me contacter marielle.le-goff@wanadoo.fr 

      


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  • Les commémorations du centenaire de la Grande Guerre sont lancées, je viens d'apercevoir deux poilus se recueillir devant le monument aux morts de ma ville.

    La reconstitution des uniformes est parfaite.

    Ils sont presque identiques à celui que portait Fabien LARUE, généalogiste professionnel et généablogueur sur une photo qu'il a publiée sur Twitter. 

    Reconstituer l'uniforme d'un poilu et le porter, quel beau devoir de mémoire !

    Je ne peux pas résister, je décide d'aller les féliciter pour cette belle initiative....

    Et cela les fait bien rire mes poilus !

    "- C'est trop drôle ! Mais Marielle , nous sommes des vrais de vrais ! Plus vrai que nous c'est pas possible ! En direct des tranchées, enfin presque, on a fait un détour par l'arbre familial de Ronan avant d’atterrir ici. 

    - Bon pas la peine de se moquer, la méprise pouvait être possible, tenez regardez mon téléphone, une photo de Fabien, on pourrait vous prendre pour des camarades de régiment voire même des frères.

    - J'ai bien assez d'un frère qui m'accompagne aujourd'hui me répond le plus grand de mes poilus .

    - Non mais rétorque l'autre et quoi encore, dès que je m'éloigne tu paniques comme un enfant sans sa mère.

    - Et si nous passions aux présentations, j'interviens afin de faire cesser la chicane, j'ai compris que vous étiez frères et que nous sommes apparentés.

     - En effet nous sommes frères, le plus grand des poilus vient de prendre la parole, je suis Yves Jean Marie LE GOAZIOU, je suis né à Ploëzal le 29 janvier 1895.

    - Et moi, je suis Hyppolyte Yves Marie , né le 7 novembre 1890 également à  Ploëzal. Nos parents sont Joseph Marie LE GOAZIOU  et Marie Jeanne Joséphine LE GOFF. Ils étaient cultivateurs à Ploëzal. J'avais douze ans lorsque mon père est mort et Yves en avait sept. Maman s'est remariée avec Yves Marie LE DU.

    - Je me souviens de son mariage, nous raconte Yves et de la naissance en 1904 de Jeanne Alexandrine Marie notre petite soeur. Hélas, elle n'aura pas de souvenir de notre mère, car maman est décédée en 1908. Notre petite soeur avait quatre ans , Hyppolyte dix-huit et moi treize. Une fois de plus notre monde s'écroulait.

    - Yves n'avait qu'une idée en tête, me dit son frère, quitter la Bretagne, et pendant un temps il a été domestique à Nonant-Le-Pin dans l'Orne. Moi, je suis resté au pays, certainement que le fait d'avoir un pied déformé ne m'a pas aidé à être aussi aventureux que toi Yves et puis le travail en tant que laboureur ne manquait pas.

    - Puis il y a eu la "Der des Ders", nous avons été emportés dans ce tourbillon de folie, nous ne savions pas ce qui nous attendait. 

    - Suite au décret de mobilisation, j'ai été incorporé le 18 décembre 1914 dans le  70ème Régiment d'infanterie. Un mois avant, le 20 novembre 1914, Hyppolyte était arrivé au 191ème.

    - J'ai appris qu'Yves avait été porté disparu le 9 mai 1915 à Roclincourt (62). J'ai vite compris ce que cela voulait dire, je lui ai survécu un an et demi. J'ai été tué par l'ennemi le 27 décembre 1916 à Rancourt (80).   

     - Hyppo, faut que tu dises à Marielle que tu as eu une décoration, et ben oui Madame, ils lui ont décerné la médaille militaire à notre Hyppo ! 

    - Oui mais à titre posthume et c'était quatre ans après ma mort , au Journal Officiel du 13 novembre 1920.

    - Ben même à titre posthume et un siècle après, moi j'en veux bien de cette médaille, toujours aussi modeste le grand frère Hyppolyte ! Moi c'est en 1921 qu'ils se sont occupés de mon cas mais juste pour que le Tribunal par jugement fixe mon décès à la date du 29 mai 1915. Tu parles que ça me fait une belle jambe !   

    - Vous auriez fait un sacré duo d'humoristes, leur dis-je en me retenant de rire. 

    - Les honneurs c'est pas pour nous... mais si tu pouvais écrire un petit quelque chose sur nous sur ton blog.....quelques mots afin que notre famille se souvienne de qui nous étions. Quelques lignes pour ne pas être totalement oublié.

    - Les héros ne sont jamais oubliés et vous, vous êtes des héros....vous êtes mes héros."

    J'ai bien vu qu'ils avaient les larmes aux yeux, moi aussi d'ailleurs, je savais qu'ils devaient partir, et moi j'avais tellement envie de les retenir encore. 

     Je suis seule devant le monument, et je pense au devoir de mémoire, je pense au billet que je vais écrire, c'est mon devoir de mémoire ....   

    monu

    (Généanet -détail du monuments aux morts de Ploëzal guerre 14/18)

    **********************

    Hyppolyte et Yves LE GOAZIOU sont les petits-fils de Rolland Yves Marie LE GOFF et Jeanne Marie LE DUC 5 (sosa 32 et 33 de Ronan - branche paternelle)

     Le Blog de Fabien LARUE :GENEALECOLE

    Marielle BATHANY - LE GOFF


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  • Et zut, j'ai encore brisé un verre, c'est le troisième depuis le début de la semaine.

    Je suis d'une maladresse incroyable. Encore heureux que je ne me sois pas blessée. Je récupère délicatement la totalité des éclats de verre. Je vais les porter tout de suite jusqu'au conteneur à verre situé à proximité de de ma résidence afin de m'en débarrasser au plus vite.

    Le temps de passer un gilet et je m’apprête déjà à franchir l’entrée de l'immeuble.

    Je suis stoppée dans mon élan par un homme qui à première vue me semble un peu patibulaire. Je ne suis pas très rassurée .....Pourtant maintenant qu'il vient de m'apercevoir il me semble transformé et beaucoup plus sympathique. 

    "- Me suis demandé combien de vaisselle cassée il allait falloir avant que tu ne sortes de chez toi .

    - Et sonner à ma porte ce n'était pas plus simple ou apparaître comme par magie dans ma cuisine. Je commence à avoir l'habitude...

    - Non, apparaître et disparaître à volonté, je n'ai le droit de le faire que dehors, à l'air libre , pas à l'intérieur des bâtiments. Je sais cela te surprend, c'est en relation avec de vieilles histoires, des peccadilles sans importance. D'ailleurs tu vas pouvoir en juger par toi même car je suis venu te raconter ma vie.

    Je suis Hervé POUHAER, le sosa 584 de Ronan . Je suis né Quemper-Guézennec (22) vers 1703 . Je suis le fils de Michel POUHAER et de Catherine LE BOUIL. 

    Le 7 janvier 1730, j'ai épousé Isabelle LE SEVENNEC. Nous aurons quatre enfants, Jacques, Catherine, Anne et Claudine.   

    Pour nourrir ma famille, jusqu'en 1739 je travaillais comme laboureur . 

    A Versailles , le roi Louis XV ne pense qu'aux préparatifs du futur mariage de Madame sa fille aînée Louise-Elisabeth avec l'infant Philippe d'Espagne, moi je cherche par tous les moyens à éviter que mes enfants ne meurent de faim. 

    Alors qu'à Versailles ce n'est que fêtes et ripailles, je sens monter en moi non pas le désespoir mais la colère. Une colère qui va m'entraîner vers un mauvais coté. Je vais voler. Et bien sûr je vais me faire prendre.

    Le 4 octobre 1739, je suis condamné à cinq ans pour vols par le Parlement de Bretagne.

    Condamné à cinq ans de travaux forcés, je vais rejoindre la fameuse "chaîne de Bretagne". Enchaînés au cou, deux par deux, supportant quinze à vingt kilos de chaînes et devant effectuer une moyenne de vingt kilomètres chaque jour, battus et mal nourris par nos gardiens , une bonne partie de mes camarades ne sont pas arrivés à l'Arsenal de Marseille, ils sont morts en chemin. Moi j'ai résisté, j'ai survécu, ma force je l'ai puisée dans l'espoir de revoir mes enfants et ma femme. Il fallait que je tienne cinq ans. Et j'ai tenu !

    Après plusieurs semaines de marche, je suis arrivé à l'Arsenal le 2 octobre 1740 , j'allais maintenant effectuer ma peine comme rameur sur les galères de sa majesté Louis xv. 

    J'ai enfin vu la fin de ces cinq années, j'ai été libéré à Toulon le 12 janvier 1745. Je pouvais enfin rentrer chez moi.

    De retour à la maison, ma joie fut courte, j'y ai retrouvé mes enfants mais pas mon Isabelle. Mon épouse était décédée depuis déjà 3 ans.

    Dix ans plus tard, le 28 janvier 1755, je vais me remarier avec Marie Jeanne MONFORT. Nous aurons des enfants.

    Je vais mourir le 9 octobre 1766, j'ai 63 ans.  

    Tu vois c'est à cause de mon passé de voleur que je ne peux pas apparaître comme par magie à l'intérieur d'une habitation. Même dans l'arbre des ancêtres il y a des règles à suivre...

    Pense à moi lorsque tu entendras une personne parler de "galère" pour tout et rien, tu sais maintenant ce que sont les vraies galères. 

    Au fait tu ne risques plus de bris de verre maintenant, il fallait bien trouver un prétexte à notre rencontre.

    Au revoir Marielle et peut-être à bientôt"

    Comme nous étions dehors, Hervé s'est dématérialisé.

    Et moi j'ai continué jusqu'au conteneur à verre puis je suis rentrée à la maison, me suis connectée à Amazon pour commander l'ouvrage de André ZYSBERG "Les Galériens : Vies et destins de 60000 forçats sur les galères de France (1680-1748)" 

    forçats

                                                  (La chaîne des forçats)

    ****************

    Hervé POUHAER et Isabelle LE SEVENNEC sont les sosa 584 et 585 de Ronan ( Génération 10- branche paternelle).

     

    Pour en savoir plus sur les galériens :  

     La chaîne des forçats passe à Rennes 

      Page geneawiki

     

    Marielle BATHANY - LE GOFF

    Pour me contacter : marielle.le-goff@wanadoo.fr  


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