• T comme Tonton Louis BELLEGOU

    La nuit vient de tomber, la cabine s'immobilise en plein bois. J'ai eu à peine le temps d'actionner le champignon de la lettre T. Je me demande qui je vais pouvoir rencontrer, Ralg ne m'a pas donné d'indice.

    Un bois ressemblant beaucoup à un autre bois, je suis incapable de déterminer dans quelle commune et à quelle époque nous sommes.

    Des voix semblent provenir de notre gauche, nous nous dirigeons donc de ce côté. Nous avons fait une vingtaine de pas, lorsque nous apercevons un feu de camp.

    Une dizaine d'hommes discutent, quatre font le guet.

    J'ai comme une impression de déjà vu, je connais certains de ces hommes. 

    Ils sont très jeunes, entre 20 et 30 ans. 

    J'en remarque un plus particulièrement, il porte une casquette et fume la pipe. Concentré, il étudie avec ses camarades le plan d'une future attaque.

    Sa main ne quitte pas son arme, c'est comme si il caressait un animal de compagnie.  

    Son arme est devenue sa meilleure amie, il lui doit la vie. 

    Il ne sait pas si demain il sera encore de ce monde.

    Comme beaucoup de ses camarades, il a mis sa vie entre parenthèses en rejoignant le maquis.

    Jour après jour, il espère survivre. Il espère, une fois cette drôle de guerre terminée, retourner au grand jour dans son village de Plouëc.

    Il se voit déjà, après avoir embrassé sa mère, se rendre chez la jolie Simone.

    Toutes les nuits, il rêve de son sourire. Il entend son rire cristallin, mon dieu qu'elle est belle ! 

    Ces jeunes maquisards sont ceux qui figurent sur une coupure de journal que j'ai trouvé dans les papiers de mon père.

    T comme Tonton Louis BELLEGOU

    La photo date à peu près de l'année 1944, mon père avait 15 ans. Il a identifié chaque personnage car il connaissait ces résistants. D'ailleurs, un des résistants, Jean LE CAER est son cousin.   

    Le maquisard qui fume la pipe et porte une casquette, je l'ai bien connu moi aussi. Mais pour moi, c'était déjà un vieux bonhomme. Un vieux bonhomme malmené par la vie. Pourtant je réalise aujourd'hui qu'il n'avait que 59 ans lors de son décès. Et je m'en souviens bien car c'était l'année de mes 15 ans.

    Le jeune homme que je vois ce soir a effacé la vision du vieux bonhomme de mes souvenirs.

    Ce jeune homme, dans deux ans deviendra mon Tonton Louis en épousant Tante Simone, une des soeurs de Papa.

    Louis Marie BELLEGOU est né le 6 novembre 1920 à Brélidy.

    Ses parents sont Constant BELLEGOU et Marie Marguerite ILLIEN. 

    Louis a épousé Simone Marie Thérèse le GOFF le 30 mars 1946 à Plouëc.

    Ensemble ils auront une fille, Danielle qui deviendra ma marraine. Danielle sera la filleule de Papa.

    Ils auront également deux garçons, Henri et Dominique.

    Mes deux cousins ne survivront pas au delà de leur vingtième anniversaire. Ils avaient à peu près une dizaine d'années lorsqu'ils sont tombés malades. Je pense qu'ils souffraient d'une forme de myopathie. Mais je n'en ai jamais eu confirmation.

    Le couple se séparera. Simone rencontrera un autre compagnon avec qui elle aura un enfant. Un petit garçon qu'elle appellera Christophe.  

    La séparation de Louis et Simone, n'a jamais affecté les liens familiaux, Tonton Louis est toujours resté la beau-frère de Papa. Et nous le visitions régulièrement, il avait toujours des gâteaux et des bonbons pour les enfants.

    D'ailleurs, je ne pense pas qu'un divorce ait été prononcé. 

    Tonton Louis est décédé en août 1979. J'avais 15 ans, il me semble qu'une personne a prévenu Papa que son beau-frère venait d'être découvert mort chez lui.

    Tonton Louis vivait seul dans une petite maison préfabriquée.

     Papa est parti aussitôt, je suppose que c'est lui qui a annoncé la mauvaise nouvelle à sa filleule.

    Une foule de souvenirs me viennent en mémoire, mais il est temps de quitter ce groupe de héros.

    Certains vont perdre la vie dans les semaines qui vont suivre.

    Mais pas Tonton Louis.

    Je lui dis adieu ce soir, en lui promettant d'aller consulter son dossier de résistant et de remonter son arbre généalogique. J'ai des petits-cousins qui doivent savoir que leur grand-père était un héros.

    T comme Tonton Louis BELLEGOU

    Je quitte ce bois investie d'une nouvelle mission, celui du devoir de mémoire.

    Je suis fière d'avoir eu la chance de te connaître Tonton Louis !

           T comme Tonton Louis BELLEGOU

     (Louis Marie BELLEGOU)

    ******************

     

    Louis Marie BELLEGOU est le grand-oncle de Ronan (côté maternel)

    Il est le beau-frère de François LE GOFF, père de Marielle et grand-père de Ronan.

    J'espère que mon cousin Christophe aura un jour l'occasion de lire ce billet, même si Tonton Louis n'était pas son père, il fait partie de son histoire familiale.

    J'espère aussi que Stéphane, Franck ,William et David (les petits-fils de Louis et Simone) ainsi que Danielle, ma marraine liront également ces lignes.

    En attendant, je les embrasse. 

    Marielle BATHANY- LE GOFF 

     

     

       

     


  • Commentaires

    1
    Mimi ex sécu
    Mardi 27 Juin à 22:20

    Belle histoire !

     

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